De simples crayonnages.

Pour qu’un livre ou une carte voie le jour, il est nécessaire de faire appel à de nombreuses techniques modernes d’un emploi plus ou moins délicat selon qu’on les maîtrise ou pas. Les produits présentés ici ne font pas exception à cette règle et leur réalisation a souvent été l’objet d’un processus long. Ils ont toutefois un autre point commun : quel que soit leur niveau de complexité, ces objets ont vu le jour sous forme d’idées jetées sur le papier. De simples crayonnages.

tout commence par un crayonnage

Exemple – le lutin Thamar

Dans les aventures de Sébestan, Thamar est un personnage clé (ce livre est bourré de clés). C’est lui qui donne à Sébestan la carte de l’Île aux signes, cette terre étrange où le temps est élastique et où il devra trouver l’étrange clé des rêves.

Étape 1

Après avoir imaginé le personnage au cours de la préparation de l’histoire, il est temps de passer aux premiers crayonnages. Dans ce cas, le lutin est un peu dans l’air du temps. J’avoue qu’il m’a été vaguement inspiré par mon prof de dessin. Dès le départ, l’idée du bouzouki irlandais était là, ainsi que le nom du personnage : le lutin Thamar (ou Thamar le bouzoukiste).

Thamar - La première esquisse - simples crayonnages

Étape 2

Il faut maintenant étudier un arrière plan pour le personnage. Comme c’est un petit bonhomme, il doit tenir adossé à une branche cassée qui semble être un énorme tronc d’arbre. Dans le cas présent, le « tronc » est un tantinet trop petit.

Thamar, première esquisse du fond - simples crayonnages

Étape 3

La dimension du tronc a été revue et le personnage est à peu près finalisé. Le dessin a été réalisé au crayon sépia et coloré au pastel. Les proportions sont correctes. Il reste du travail… Hop ! au boulot.

Thamar - Le dessin quitte le stage des simples crayonnnages

Étape 4

Les arbres de l’arrière plan ont été collés sur un fond vert à partir d’une photo prise dans un petit parc arboré des environs. Bien entendu, je me suis servi de Photoshop avec un effet de fusion ainsi que ma tablette Wacom. J’ai ajouté des détails sur les mains ainsi que sur la table et la touche du bouzouki irlandais.

Thamar - Illustration définitive

La double page terminée

Voilà ! L’image est dans son écrin après un certain nombre d’heures de travail.

Il est bien évident que l’écriture et l’illustration d’un livre est un travail de longue haleine. Cliquez ici si vous souhaitez en savoir un peu plus sur Sébestan.

Thamar terminé

Plus que de simples crayonnages : un petit extrait

Mais quelle est cette cacophonie grotesque qui vient couvrir le son de la caresse du vent sur les feuilles ainsi que les mille et un petits bruits caractéristiques des sous bois ? Ne serait-ce pas une chanson ? C’est bien cela. Au fur et à mesure qu’ils avancent, une clairière se dessine et nos deux amis perçoivent plus nettement le timbre oblitéré d’une voix auquel s’ajoute une molle mélodie tirée à grand peine d’un instrument de musique. Ils doivent encore faire quelques dizaines de pas pour voir enfin un petit homme adossé au tronc d’un arbre. Il chante à tue-tête en s’accompagnant d’une sorte de mandoline au manche démesurément long. Sébestan reconnaît maintenant cet air ; à entendre cette interprétation très personnelle, il a peine à croire que c’est, à l’origine, une très belle chanson d’amour.

– Ah ! Voilà notre ami Thamar, dit Guilhord.

– Quoi ? Thamar ? Mais c’est un tout petit bonhomme ! Sébestan n’en revient pas : Thamar est tout le contraire de ce qu’il imaginait.

– Je ne suis pas un petit bonhomme mais un lutin. Et sache qu’il ne faut pas pousser le lutin Thamar à bout.

– Bout de ficelle, rétorque Sébestan.

À ces quelques mots prononcés par le lutin, Sébestan a tout de suite reconnu l’univers facétieux de son père. C’est un monde farfelu, rempli de mots à rallonge, à tiroirs, aux sens multiples ou connus d’eux seuls, et dans lequel il se sent si à l’aise. Tous deux se lancent parfois dans des joutes, véritables concours de subtilités verbales dans le seul but de réconforter Zoé après une journée un peu trop dure. Et la douce Zoé se demande toujours jusqu’où ses deux hommes vont bien pouvoir aller pour la faire rire.

– Ah ! Ah ! Je vois que nous nous sommes compris, dit Thamar tout joyeux. Bienvenue Sébestan, car c’est bien toi, n’est-ce pas ? Toi seul pouvais répondre cela.

– Oui, c’est moi !

Thamar pose délicatement son singulier instrument à ses pieds.

– Elle est bizarre, ta mandoline, lui dit Sébestan. Je n’en ai jamais vu qui ait un manche aussi long.

– Ce n’est pas une mandoline mais un bouzouki irlandais, lui répond Thamar.